La grande popularité que connaît le rai au plan mondial occulte parfois un peu les autres styles musicaux originaires d'Algérie. Le yal, qui mêle des styles de chants traditionnels berbères et des éléments de musique moderne, est l'un de ces styles. Le yal a été élaboré par Hassen Zermani, qui enregistre sous le pseudo de Takfarinas. Sa popularité équivaut à celle de chanteurs de rai comme Khaled ou Cheb Mami. Comme eux, Takfarinas habite à Paris, où il rêve d'un monde vivant en harmonie par le truchement d'un genre musical universel qui interpelle tout un chacun.
« Voici ce que musique yal veut dire pour moi », déclarait-il lors d'une interview en 2004. « Etre en harmonie avec tous les goûts du public, aussi différents soient-ils. Ma musique est comme un bouquet de fleurs, dont ils apprécient différemment les couleurs et les senteurs. »
Takfarinas est né à Tixerane, un village kabyle situé dans l'une des banlieues berbères d'Alger. Son grand-père était un chanteur connu de la région. A l'âge de six ans, il se construisit sa première guitare à partir d'un vieux carter à huile de moteur, d'une baguette de bois et de câbles de frein de vélo. Voyant les talents de son fils, son père lui offre une guitare neuve et l'encourage à pratiquer.
El Hasnaoui, Slimane Azeem et Mhemmed El Anka ont inspiré Takfarinas
Des chanteurs traditionnels de l'époque, El Hasnaoui, Slimane Azeem et Mhemmed El Anka ont inspiré Takfarinas. Comme nombre de ses compatriotes chanteurs de rai, il fut également très influencé par des chanteurs français comme Jacques Brel et Edith Piaf, ainsi que par des chanteurs américains comme Stevie Wonder.
Il enregistra son premier album sur cassette en 1976 en Algérie. En 1979, il partit pour la France, découragé par la détérioration du climat politique dans son pays. Il fit ses premières armes d'artistes à Paris et développa son propre style musical, qu'il appela yal en 1999, reprenant le « yalala-yalala » que l'on retrouve dans pratiquement toutes les chansons kabyles. Le Yal est un son qui lui appartient : un mélange d'éléments de tradition, de rock, de funk et de rhythm and blues. L'album « Yal » sortit en 1999.
Bien que la musique kabyle véhicule très souvent un message politique, le yal de Takfarinas adopte une approche plus légère et plus personnelle, traitant des problèmes d'exile et de questions universelles comme l'amour et le chômage. La diversité de ses sujets souligne son désir de toucher un très large public. Cette aspiration se retrouve dans le fait que de nombreuses chansons contiennent des paroles en français, en plus de la langue amazighe, avec parfois quelques mots en anglais.
Comme de nombreux chanteurs algériens vivant en France, Takfarinas essaie de transcender son identité nationale. « Je suis né en Algérie, je vis en France, mon identité est la musique, mon pays, la Terre », déclare-t-il.
Sa musique, qui emprunte à une multitude de genres, atteste de cette universalité. Bien que kabyles par essence, ses albums sont un mélange de funk, de flamenco, de reggae et de variété française. La chanson « Zaama Zaama » (Yal 1999), qui a connu un grand succès en France, est chantée en amazighe, avec un ch½ur français. « Ayessiyi », sur le même album, emprunte des tonalités très funky, avec des touches de rap en amazighe.
Même ses instruments sont symbole d'universalisme. Takfarinas a créé une mandoline acoustique, qu'il appelle une « tafka », avec deux manches qui lui permettent de produire des sons à la fois masculins et féminins. Cet instrument a finalement été remplacé par une mandoline électrique à demi-caisse équipée de deux touches.
La carrière de Takfarinas a connu un nouveau départ en 1987, lorsqu'il s'est produit à l'Olympia, la célèbre salle de spectacles parisienne. Le single de 1986 intitulé « Way Thelha » (Elle est si belle) lui avait déjà donné l'occasion de chanter à guichet fermé, lors de concerts organisés en Algérie.
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Les albums « Romane » de 1994 et « Salamet » de 1996 furent dédiés aux artistes algériens assassinés ou kidnappés par les extrémistes islamiques. « Lorsque vous tuez un artiste, vous tuez le sentiment d'humanité... vous tuez la voix des gens », avait déclaré Takfarinas.
Son dernier album, « Honneur aux Dames » (2004), continue dans la tradition du yal, en mêlant différents styles comme le funk, le reggae, le rock, le rap et le chaabi (style traditionnel). Parlant de cet album, Takfarinas déclare : « Les femmes sont pour moi synonymes de dignité, d'honneur, d'espoir et de résistance. Comme je le dis dans l'une de mes chansons, une femme donne comme une terre nourricière. »
Avec ce dernier album, Takfarinas espère populariser encore davantage la musique yal et atteindre un public mondial. Mais son objectif, tout comme sa musique, ne trahit jamais son très fort attachement à son pays natal, l'Algérie, qui constitue toujours la première étape de ses tournées. Ces dernières le conduisent aussi très souvent au Maroc et en Tunisie.
Mais son principal engagement reste en faveur du style musical qu'il a créé, le yal.
« Pour le yal, je suis prêt à donner le meilleur de moi-même. »



